Mardi 30 septembre : plusieurs semaines déjà que nous guettons la météo : les ondes tropicales se sont succédées sur le Cap Vert ces derniers temps, et depuis une semaine , curieusement c’est le calme plat : petole petole petole… trop de vent, pas assez : nous sommes tributaire du bon vouloir d’ Eole depuis début août déjà…

La veille, Ugrib, le logiciel meteo, nous a fait de sales blagues en nous indiquant des météos contradictoires à deux heures d intervalle, reportant ainsi le départ initialement prévu… et puis aujourd hui, c est la bonne : Stef a appuyé sur le petit bouton magique pour mettre en ligne l article du blog annonçant notre départ, et rédigé depuis quasi une semaine ! Je prépare une grosse gamelle de paella en prévision d une navigation assez ventée, Oriane et Marc nous aident à larguer les amarres et on quitte les Canaries !!

Voiles hissées, régulateur d’allure paré, Hierro diminue derrière notre sillage… la mer est plus tranquille que prévu, Stef installe notre super ligne de pêche … y bamos a Cabo Verde ! Youhouuuu !

Stef est aux manœuvres, aux fourneaux, à la vaisselle, tandis que je n’assure que mes quarts et la veille pour cause d’amarinage progressif. Dès mercredi matin, Stef remonte une grande daurade coryphène, s attelle à la tache délicate de lever les filets (son doigt s en souvient !), sale, cuisine, papillote ! Moi, je me sens hélas peu sensible à la gastronomie…

Et de moins en moins d ailleurs vu qu un coup de vent nous arrive dessus, ça commence a bien brasser, houle en tous sens, mer bien formée… Bienvenue sous les tropiques !

On se retrouve rapidement sous génois seul, avec quelques mètres carrés de voile seulement, et pourtant on avance… C’est pas vraiment confort, et nos corps semblent faire du houla hop perpétuel, en vachement moins sensuel, pour compenser les mouvements du bateau…

Pourtant la Belle Verte est une bien solide carapace, et on se sent en sécurité… Stef connaît le bateau par cœur et tous ces mois de chantier sont en train de prouver leur efficacité… Secondé par Charly le Regul et Peinard le Radar, on se permet même le luxe d être tous les deux à l intérieur quand le climat n est plus clément.

Bien évidemment, toutes mes bonnes volontés de départ pour cette traversée se voient dissoutes par des enzymes gastriques puissants ! Autonomie sur les manœuvres, leçons de portugais, « projets video » divers et quotidiens, doublement de mon répertoire à l accordéon, photos, amour, admiration contemplative de l’immensité et autres intenses réflexions sur l humanité ou la connaissance du moi profond se voient rapidement réduits à néant par la place exclusive qu’occupe désormais mon appareil digestif dans ce qui me reste d’esprit ! D autant que Stef, plein de compassion, frôle la mini gastro pendant une nuit : bonjour les beaux verts ! Adieu glamour et traversée romantique… !!

Le dimanche, après un grain matinal magnifique sous une lumière ocre, Eole et Neptune s accordent à nous laisser souffler : mon cerveau se désembrume, on va mieux, on se prend à imaginer des petites vidéos dédicaces pour beaucoup d’entre vous, on écoute La callas à fond pendant un coucher de soleil sur mer calme… On pense à Lalla en regardant la lune. Et puis vers 23h, quand je prends mon quart, le vent se lève… je réveille Stef pour qu on prenne un ris, enfin 3, et hop très vite, on se retrouve a nouveau en fuite sous génois seul… le répit aura été de courte durée… On est cerné par des grains orageux, le ciel est zébré d éclairs propres à vous assurer l autonomie électrique a l échelle mondiale, c est magnifique… pas rassurant, mais magnifique.

Le premier coup de vent nous ayant fait partir en fuite, nous avons désormais suffisamment fait d’ouest. Il faut maintenant serrer le vent jusqu au travers . Le soleil levant nous apporte donc son lot de vagues un brin fraîches qui viennent régulièrement rincer le cockpit, et nous avec… On commence à apercevoir des nuées de poissons volants, et à revoir des oiseaux : quand les premiers se vautrent sur le pont, les second multiplient les tentatives d atterrissage sur nos barres de flèches et les parties de toboggan sur les panneaux solaires : eux qui croyaient enfin trouver un endroit ou se poser au beau milieu de toute cette eau s’épuisent faute de stabilité…

Dans la tête de Stef, ça cogite…Nous sommes à 100 miles du Cap Vert, le vent souffle par l’Est et deux choix s offrent à nous. Option un : arrivée avec 30 nœuds de vent par le travers et une mer forte. Option 2 : partir en fuite vers le nord et attendre que le vent se calme pour approcher. Il déballe cartes et instructions nautiques et attend que la douce voix d Arielle Cassime (journaliste météorologue qui annonce la météo marine sur RFI) lui souffle un indice. Une énième fois nous écoutons les infos qui précèdent le bulletin. Tout le monde parle hystériquement d une crise financière mais pas un mot sur le phénomène des ondes tropicales. Nous n’aurons décidément jamais les mêmes valeurs ni priorités que les Golden Boys et autres boursicoteurs !

11 H 40, Arielle nous annonce que les vents vont prendre un peu de nord. Le mouillage que nous visons (la Palmeira Isla do Sal) est bien abrité des vents de nord est, les fonds ne remontent pas trop rapidement, la houle devrait ne pas trop lever. On continue vers le sud ! On bénit les conserves faites à las Palmas, je bénis Stef qui est mesure de les réchauffer… une bonne grosse sieste l après midi et puis…

Et puis le soleil couchant fait taire le vent et bientôt la houle, nous faisant ainsi envisager une arrivée plus sereine. Je réveille Stef à 2h du matin , il est surexcité à l idée d’arriver, avale d une traite le guide de nav du Cap Vert en imaginant les multiples mouillages à visiter avec mon père et ma sœur Marie, laisse reposer la grand voile qui nous ferait arriver de nuit et me réveille aux premières lueurs du jour : Terre promise en vue ! Lever de soleil sur l île de Sal embrumée par l’Harmattan, et arrivée au mouillage au petit matin. On aperçoit des bateaux connus : Franck et Elise sur Ouais Ouais , Christina et Didier sur Pollen…

Epuisés mais trop contents pour se coucher, moins d’une heure après notre arrivée, les copains sont là pour un café… on se baigne, Stef retrouve l incontournable Zidane, un capverdien qu il avait rencontre quatre ans plus tôt, on dévore un carpaccio de thon rouge tout frais apporté par un pêcheur et le soir : champagne !… Notre petite entreprise ne connaît pas la crise…

12 heures de sommeil plus tard, on commence à réaliser…: ce petit bout de chemin supplémentaire parcouru, et tout le Cap Vert à découvrir…

Jérôme, tu as eu le bon mot : elle était un peu turbo cette fenêtre météo !