Témoins et acteurs de cette fugace mais inoubliable histoire : Yann et Stan qu on ne présente plus donc (z avez qu'à lire les articles précédents !), les Beauverts que nous sommes et Olivia, première bateaustoppeuse officielle de la Belle Verte… On vous prévient tout de suite, les accouplements ne furent d’ordre que purement nautiques.

Le Sine Saloum donc… Varions les genres, et après une intro people tendance gala, un peu de prose version National Geographic… le Saloum c’est un vaste méandre de bolongs, de mangrove, de bancs sableux (ce qui promet des navigations rocambolesques on y reviendra) : de plus ou moins grands fleuves ( d’eau salée) en résumé, bordés de palétuviers sur les racines desquelles s’accrochent des huîtres absolument terribles, de brousse et de baobabs, des milliers d’oiseaux, de poissons, de singes, de phacochères, de hyènes… Car oui, il faut le dire, nous avons vu tout ça (enfin pour les hyènes on s’est contenté des empreintes, c’est suffisant…)… c’est fou ce genre de paysage, c’est tellement sauvage qu'on aurait tôt fait de se prendre pour Nicolas Hulot ou Indiana Jones… Sauf qu'il nous reste encore un soupçon d’humilité, de réalisme et d’idoles pus louables… mais qu’en tous cas ça réveille un intérêt soudain pour la botanique, l’ornithologie et autres biodiverses sensibleries… On se surprend à s’extasier devant le vol d’une aigrette, à reconnaître le cri du héron cendré (à ne pas confondre avec le héron goliath !), à s’ébahir devant le triple saut périlleux d’un poisson, à guetter les singes verts, à s’émouvoir du sel sur une feuille de palétuvier, à écouter les bruissements de la nuit… ou moins poétiquement, à tenter de deviner le goût de la chair du pélican, tout en observant d’un regard carnassier les traces fraiches d’un phacochère (ce qui vaudra à yann le surnom de bouki, soit la hyène en wolof…!)…

Et ainsi, du Saloum au Sangako, du Diomboss au Bamboung puis vers le Bandiala, on s’est perdu durant plus de quinze jours, atteignant des moyennes exceptionnelles de 10 miles par jour, alternant mouillages au pied de baobab, balades en annexe entre les palétuviers, chasse à l’huitre, baignades régulières, balades en brousse, et révélations gastronomiques (à base d’huitre surtout)… Les 2 bateaux trimballant à leur bord cette petite colo en autonomie et en espace réduit !!

Bref, je vois bien que ce récit manque d’une construction solide, je me suis déjà bien éloignée du plan initial, qui voulait vous conter clairement là l’aspect botanique, là l’aspect maritime, là l’aspect collectif, là les rencontres… tant pis, j’opte pour le désordre, l’idée de prolonger plus encore ce séjour devant un ordinateur ne figurant pas au rang de mes priorités !

Quoi qu'il en soit, il y a une escale qui se doit d’être détaillée, c’est notre arrêt dans le Bamboung… Le Bamboung, c’est ce fameux bolong devenu aire marine communautaire protégée, et dont Yann et Stan était venu rencontrer les acteurs… Aimablement invités à les suivre dans cet espace jusque là inexploré par des voiliers ( ça c’était pour se la jouer pionnier…), on y a découvert un projet intelligent, pertinemment mené et porté par les populations locales, à savoir une communauté de 14 villages. Sans rentrer dans tous les détails (reportez vous pour cela au blog des Kaneka ou site d'Oceanium), ça vaut le coup de vous en raconter les grandes lignes…

Afin de préserver une faune et une flore riche et diversifiée, mais largement exposée à la surpêche, le bolong du Bamboung a été « fermé », c'est-à-dire interdit à la pêche et au ramassage de coquillages. Fermé, ça veut dire qu'un mirador a été construit à l’entrée du bolong, surveillé bénévolement (ce qui au Sénégal démontre un investissement rarement possible) par des villageois qui y alternaient des permanences afin d’expliquer aux pécheurs le pourquoi de cette interdiction. Il y avait eu auparavant un gros travail de médiation auprès des villageois afin d’expliquer l’intérêt de cette démarche, pas évidente a priori dans un milieu où les ressources de la mer sont les premières d’une économie déjà fragile. Afin de financer ce fonctionnement (si les premiers temps du projet ont bénéficié de soutien financier, le projet est désormais autonome), il a été construit un éco village, rassemblant quelques cases équipées de panneaux solaires, accueillant botanistes et autres « eco touristes » en quête d’espaces préservés, accueillis par des villageois désormais formés en ornithologie, botanique et autre sensibilités écologiques. Les bénéfices permettent de salarier les surveillants, le personnel, le fonctionnement de l’eco village, ainsi que de faire face à des besoins spécifiques ou ponctuels de chacun de village de cette aire marine COMMUNAUTAIRE protégée… La réapparition de certaines espèces, la multiplication des poissons dans le bamboung et dans les bolongs voisins démontrent progressivement la réussite de ce projet…

Autour d’une table, à l’occasion d’une balade en brousse ou dans la mangrove, on a donc récolté de multiples témoignages, précieusement recueillis dans le mini disc de Stef, désormais devenu éco reporter…D’autant qu au fil des digressions, on touche à d’autres réalités sensibles, la réussite de projets locaux n’éludant pas toujours les désirs d’Europe…

A belles rencontre, belle fête… Notre départ fut donc marqué par la réalisation de l’opus numéro un de notre nouveau concept, à savoir celui de Boum Sans Frontière (BSF pour les initiés) : 2 salles, 2 ambiances grâce à ce fameux accouplement vert et jaune, avec chorégraphies franco-sénégalaises en espace réduit… Je pense que tous les oiseaux du coin ont du fuir pendant ces quelques heures, se sentant honteusement spoliés de leur environnement en principe protégé, mais largement transformé par cette augmentation improbable de décibels ( oui mais notre sono fonctionnant grâce aux panneaux solaires, c’était donc une éco boum !)

Il fallait donc partir, les Kaneka étant en passe de retrouver la France… Quitter le Bamboung, remonter le Bandiala, s’improviser taxi flottant pour quelques villageois ayant raté la dernière pirogue, s’ensabler une dernière fois (enfin pour une fois c’était pas nous …), être invités à manger au petit village de Sipo, regarder une série en wolof à la télé et avec tout le village, retrouver la mer, les vagues, le près, les barques de pêches et les filets en pleine nuit ( c’est là qu on se rend compte que la navigation dans les bolongs c’est franchement peinard)… et enfin , atteindre la Casamance… et poursuivre les belles rencontres…

Afin de laisser leur bateau en lieu sûr, et avant que Stef ne le remonte à Dakar ou en France, Yann et Stan proposent une escale à Heidj, une toute petite ile, avec un tout petit village et des grands cocotiers… Un endroit ou à peine arrivés, Cikido nous amène au « Cabaret » , un petit coin de brousse un peu à l’écart du village, où l’on se retrouve pour boire le vin de palme, le bounouk, et manger des huitres grillées au feu de bois… Un endroit où il y a encore des jeunes, qui ont choisi de rester , super dynamiques et fiers de leur choix, où l’échange est vraiment d’égal à égal… Un endroit d’où on retarde notre départ, parce que tout le village nous invite pour manger du cochon grillé, boire du bounouk, cramer la piste, chanter (ou plutôt écouter chanter) autour du feu et sous la lune… …

Et puis se fut le drame, la séparation : le bateau jaune s’en est allé jeter son ancre de son coté, tandis que la Belle Verte accueillait ses habitants le temps d’une remontée à Ziguinchor, pour les ramener vers le ferry , qui les ramènerait vers Dakar, d’où ils rejoindraient la France…… (dieu, c’est tragique !) Olivia s’en est allé chercher d’autres bateaux pour continuer son voyage de l’autre côté de l’Atlantique…

Et on se retrouve en amoureux, pressés de rejoindre le calme des bolongs de Casamance, après l’indispensable plein de frais et de cyber reconnection à Ziguinchor… Des projets qui commencent à faire leur bout de chemin dans nos têtes, des rencontres qui donnent envie de mettre quelques énergies en commun (et sans qu'il ne soit question de chantiers et de travaux pour le bateau, une première !)… Ca commence franchement à ressembler à ce qu'on voulait qu'il soit, ce voyage….