Après notre dernier passage à Ziguinchor donc, cap vers un village tranquille propice au tête à tête que l’on souhaitait pour marquer le coup de nos 4 ans de communes aventures… Huitres séchées et bonne petite bouteille (merci Charly et Magali !), bougies, ciel étoilé et pépiement des oiseaux de mangrove… Djilapao et sa petite plage de baobabs, c’est le cadre idéal du romantisme à l’africaine !

Dans ce village déserté par l’exode rural, ne subsistent que peu de personnes, les familles ne se réunissant qu’à la saison des pluies, lorsque le travail dans les rizières bat son plein… On y rencontre pourtant Ignace, missionnés que nous étions par Yves et Julie pour aller remettre un code Pin à sa femme Jeanne d’Arc (ça ne s’invente pas !!)…

Ignace, c’est l’homme tranquille, le bon sens en action, le choix délibéré de ne pas rejoindre la ville pour y trouver un travail qui ne lui permettrait d’avoir guère plus que ce qu'il a sur place : un petit troupeau, les paniers qu'il fabrique, et bientôt, on lui souhaite, un petit jardin…

Ignace, ce sont des heures de discussions, chez lui, au bateau, ou le long d’une belle rando entre Djilapao et le village d’Affiniam : il nous raconte la brousse, les histoires de villages, les rizières, les rapports hommes/femmes (en ce sens, Ignace est un homme assez rare dans le paysage local, au sens où il participe également aux tâches ménagères, s’occupe des enfants, tient la maison propre etc etc…), les récentes élections régionales ( et la gestion politique actuelle, totalement en dehors des réalités des habitants, d’où le méchant revers électoral pour le pouvoir en place)… Une belle rencontre quoi…

Et puis nous levons l’ancre… pour aller au ciné à Affiniam! Une toile, ça faisait longtemps qu'on en rêvait, et dans ce cadre là qui plus est… La possibilité de cette improbable soirée, on la doit à Yann et Pauline, qui trimballent sur leur voilier le kit parfait du 7e art ambulant : un écran, un vidéo projecteur, un système son, un groupe électrogène et toutes les perles du cinéma africain : de foyers de jeunes en écoles, de collèges en places de village, ils donnent à voir sur grand écran des films réalisés sur le continent… et pour le coup bien plus parlants ici que des vidéos de kung fu ou autres niaiseries brésiliennes…. Le projet nous botte (Yann et Pauline aussi !!), je renoue avec mes problématiques de médiation culturelle, j’observe les réactions des gens… et après pas mal de projections à Karabane ensuite puis à Nioumoune, je me dis qu’ils ont décidément en main un bien chouette projet… (pour plus d’infos cliquez par ).

Affiniam c’est aussi un village tout vert, avec un grand jardin essentiellement géré par les femmes, des maisons en banko éparpillées au milieu de manguiers et d’immenses fromagers : les photos ne rendront jamais la majestuosité d’un fromager, donc je n 'en n' ai pas prises (!), mais sacrebleu ce qu' il en impose cet arbre…

Il y fleurit aussi beaucoup de bâtiments : là celui réalisé par la coopération espagnole, la celui de la coopération française, là l’Unicef… On manque d’infos, mais il semble qu’il y ait malheureusement peu de cohérence entre les projets de tous ces acteurs du « développement »…

Et puis nous filons vers Karabane, la première ile à l’entrée de la Casamance… Filons, c’est le terme, puisque grâce à un bon petit vent et un courant largement favorable, la Belle Verte fait des pointes régulières à 7 nœuds… du jamais vu (enfin pas souvent…), que les dauphins (moins mous que ceux qu'on voit habituellement dans le coin) ne manquent de venir saluer en faisant des pirouettes (merci Pauline pour la photo !!)… Virement de bord, empannages et tutti quanti, la Casamance est un bon terrain de jeu pour réviser mes notions de voiles (encore largement insuffisantes, soupire, pour utiliser un terme soft, le capitaine…)

A Karabane, se déroule le festival des arts et culture, initié par les jeunes de l’ile… Concerts et danses traditionnelles se succèdent, dans un meli melo organisationnel assez impressionnant… même en arrivant deux heures après l’horaire annoncé, on reste presque toujours en avance !!! En tous cas l’initiative est vraiment sympa, tout le village est, sinon acteur, du mois présent et le résultat plutôt pas mal vu le contexte (le fondateur/coordinateur est décédé l année dernière…) Un peu trop rastafari dans la programmation, à moins qu'on ne manque d’affinités réelles avec l’état d’esprit Jah Love…

En terme d’affinités, Stef sympathise par contre tout de suite avec Lamin, puisqu’ils ont en commun l’indemodable veste adidas… Et Lamin c’est aussi vraiment une super rencontre…

Et puis Paco … Et puis Helena, chez qui mes parents avait logé il y a plusieurs années déjà, et qui nous fait le cadeau d’un petit coup de fil du coté de la Lozere… Et puis Zoé, Agnès et Olivia que l’on retrouve également…

Mais le temps file, un dernier petit tour d’au revoir, un petit plein de frais au jardin communautaire, et on s’en va vers Nioumoune, d’où partent bientôt Katell, Julien, et leurs enfants Mael et Yuna, pour traverser l’Atlantique… Quelques dernières bonnes bouffes sur ce provisoire trimaran (nous avions rapprocher trois bateaux pour l’occas) et ils s’en vont, à la nuit tombée et dans un concert de corne de brume… beau départ…

Et nous prenons le temps de découvrir Nioumoune… En fait dès notre arrivée, nous sommes mis dans le bain : Niuoumone c’est LE village des cérémonies… Cérémonie d’un anniversaire de décès, cérémonie de fiançailles, tout est prétexte à se retrouver, femmes d’un coté, hommes de l’autre, pour boire le fameux bounouk… Le bounouk, c’est donc le vin de palme, plus ou moins bon selon le moment de sa récolte (la veille ou le matin…), ou plus précisément selon le moment de sa fermentation (qui peut s’achever dans le bide, et là c’est fatal….). C’est plutôt bon dans l’ensemble, sauf quand tu es forcée de vider ton verre très vite parce qu' il n’y en a qu’un pour 15 et que les autres ont soif !! (les hommes eux le boivent au kakobok, une sorte de louche, très jolie, faite dans une graine de rognier, qui permet une consommation plus étalée !!).

Mas il serait réducteur de limiter ces cérémonies à la simple consommation de bounouk… il y a derrière chacune d’elle une raison plus sacrée… Car Nioumoune est un village imposant par la force de ses traditions animistes, immédiatement sensibles même par les non initiés que nous sommes… Fétiches, bois sacrés et cérémonies rythment ici l’espace et le temps de la vie du village… C’est assez fascinant et intriguant… mais si les apprentis ethnologues qui sommeillent en nous aimeraient tout comprendre, ils se heurtent vite à tout ce que le sacré recèle ici de secret…

Et puis il y a tout ce que Nioumoune ne cache pas : un sens de l’accueil aigu (ah le soum soum d’Helene à 11h du matin, les coups de mains d’Alfred, le miel de Théophile, le sourire des gens après les projections de Yann et Pauline, et même la déception de ceux qui en redemandent…), des rizières immenses, une brousse propice aux belles balades (s’asseoir seule près d’un baobab et attendre que viennent se poser les perruches, les pies ou les espèces de rouille gorge (celui qui sait comment on met rouille gorge au pluriel gagne un kakobok !), la tout près…, voilà qui achève de faire de vous un eco touriste!!)…

Du coup c’est un bel endroit pour fêter l’anniversaire de Sylvain … 30 ans, ça se fête, alors c’est cochon rôti à la broche et sur la plage au menu, le tout copieusement arrosé de bounouk et de soum soum (alcool de cajou)/bissap et joliment mis en musique… Steph se souviendra longtemps de la capture de ce cochon : ici on ne va pas chez le boucher passer commande, on va en annexe dans le village voisin, on passe un temps certain à identifier ou est passé le cochon que le propriétaire veut bien céder, on le traque dans la brousse, on le retrouve dans le village, jusqu ‘à ce que les enfants du coin arrivent à l’immobiliser définitivement… et on rentre en annexe avec le cochon saigné à bord, avant de l’achever à la broche… Stef trouve que, depuis, la famille porcine ne le regarde plus pareil … Bref, on s’ennuie ferme…

Depuis, nous sommes revenus à Ziguinchor, pressés que nous étions de régler certains impératifs professionnels et administratifs… Donc comme prévu on retourne au turbin : Stef convoit un bateau jusqu’en France (un mois et demi de près :miam !) et je (re)travaillerai 2 mois au Fourneau… En attendant que nous revenions pour lui faire traverser l’Atlantique, la Belle Verte nous attendra sagement dans un bolong casamançais, profitant des douches régulières de la saison des pluies…

Il y aurait encore 1000 petites choses à vous raconter : on en garde un peu pour cet été…

En attendant, nous profitons encore du mois qu’il nous reste… la saison des mangues commence et ce n’est pas pour nous déplaire…