Une fois encore, nous nous sommes illustrés par un flagrant ratage de date de départ initiale….Et c’est donc un mois et demi plus tard, soit mi novembre, que nous avons à nouveau foulé le sol sénégalais à la descente d’un avion que nous ne devions pas prendre… Cette fois, la responsabilité n’incombe ni à une fenêtre météo capricieuse, ni à un chantier interminable ou une panne inopinée. Nous devions à l’origine « convoyer »une voiture jusqu’en Afrique, pour une personne dont le manque de respect, tant des délais que des règles de politesse de base, a eu raison de notre patience.



Une interminable attente, un mois de flottement, foireuse latence et autre sensation d’ "entredeuxchaisisme" totalement stérile et deconstructif… Ceux qui ont suivi notre épisode canarien doivent se souvenir des ravages de ce genre de situation sur mon moral… (Le truc bien, c'est que j'ai du coup pu fêter les 30 ans des jujus, et ça ça valait le coup)

Bref, 80kg de bagages, 5h de covoiturage, 1h de métro, 6 heures d’avion, 12 de ferry, une invasion de criquets et quatre heures de pirogue plus tard , nous parvînmes enfin à Nioumoune et retrouvâmes la Belle Verte, démaraboutée dans l’heure!

Waouh, c’est bon de retrouver sa maison…

D’autant que le paysage autour est métamorphosé par la saison des pluies. Tout est vert, les rizières sont denses et les mares pleines… La Belle verte a bien fait face à l’hivernage, et si les mains courantes n’ont pas aimé le taux d’humidité, ni notre annexe les souris, on n a pas grand dégât à déplorer…

On est là. On atterrit, un peu sonnés par la chaleur. La mangrove bruisse de nouveaux insectes, les cigales sont assourdissantes, on a croisé des cigognes… autant de signes qui nous font remiser pour longtemps pulls, couettes et autres chaussettes…

Très vite toutefois la torpeur fait place à une activité intense : c’est pas le tout, mais on a une transat à préparer… Remise en route du bateau, grand ménage, tri, rhabillages de voiles et de bouts, états des lieux de tous les coffres, lego géant pour tenter de faire entrer tous nos nouveaux bouquins dans une bibliothèque qui,elle , n’a pas grandi…

Et retrouvailles. Elles sont nombreuses, touchantes, parfois même chorégraphiées (mention spéciale à Hélène et Mariama…) ! Drivés dans l’atterrissage (merci Gégé et Soizik), invités à manger ici, à retrouver les récolteurs par là, à grands coups de « kassoumaye » et autres salutations kilométriques, bounouk et nouveaux balbutiements en diola….

Il y a quelque chose d'étrangement et d'immédiatement apaisant à être de retour ici. Et qui n a rien à voir avec de l’exotisme. Qui ne sera pas éternel non plus. Je connais trop mes vieux démons, ma propension au mouvement, la dureté de la vie des gens d’ici, les contraintes sociales de la communauté diola pour en faire un paradis fantasmé. Il n’empêche que là, pour une fois depuis longtemps, je n’ai pas envie d’être ailleurs…

Ce séjour en France fut intense. Un retour actif à la vie professionnelle (ça canalise l’énergie…). Un Stef qui, avec la complicité de Yann, a bravé vents et courants contraires pour ramener à bon port, et avec succès, les 7m environ de Kaneka. Les retrouvailles familliales, les amitiés consolidées, parfois mises à l’épreuve… Les grandes fiestas, les plus intimes… Des paysages bretons aux reliefs alpins, on totalise moultes et précieuses étapes en Hexagone…

Presque 6 mois en France en ce qui me concerne (4 pour Stef). Ce n’est pas une brève escale. Ca soulève des questions, ça laisse le temps d’analyser ce qui change. Et ce qui reste immuable. Le quotidien de nos proches au travers duquel se lit la grande Histoire : la fragilisation globale d’un système de services publics et de valeurs, grignotant de façon éhontée là la santé, là l’éducation, là les droits des migrants… Et ce n’est pas une vue de l’esprit ou une lecture gauchisante à l’extrême de la politique actuelle (si peu…). C’est un constat objectif (ou presque) établi suite à de multiples situations vécues au quotidien par nombre de parents ou amis. Et c’est plus qu’alarmant.

Alors forcément, comme à chaque escale (mais en France plus qu’ailleurs étant donné qu’on en connaît les codes et un peu l’histoire), revient la question de sa place, de son rôle, de ses choix, des ses actions, de ses projets et autres étagères …

Désolée pour ces grands questionnements, c’est la faute de l’autre ›'''£®≠∞β×@, qui nous a laissé mariner plus d’un mois en Sarkozie, doublé d’une trentaine en crise. J’y peux rien, ça me flanque chaque fois des turpitudes existentielles, … C’est grave docteur ?

Bref bref bref, en résumé, c’est bien beau de se la jouer citoyens du monde, pourfendeurs de frontières, défenseurs de l’inutile et errants volontaires (on a le bon passeport, ça aide…), n’empêche… Derrière ce nomadisme nourrit de fantasmes (les nôtres et ceux de ceux qui nous regardent avancer…) et de bonnes volontés, peut on se décharger de nos responsabilités sous couvert du « je ne fais que passer » ? Faut il rester pour agir ? Ou? Et comment ? Ce pourrait être tentant cette notion de "carpe diem", sauf si elle se confond avec celle du "après moi le déluge"... N y a t il pas quelque chose d’égoïste à rester spectateur ? Et si le voyage est une quête de soi, ne risque t on pas de ne plus voir que le nombril qui cache la forêt (je me comprends !) ?… Je relis les mots de Depardon et ses questionnements sur l’errance : « l’errance n’est ni le voyage, ni la promenade, mais bien « qu est ce que je fais là » ?

C’est toute la question, merci de l’avoir posée…

Réponse en 2010, après trois semaines portés par l’océan, la lecture d’ouvrages bien trempés-le mot est mal choisi-, concessions respectives et efforts bilatéraux (déjà bien amorcés), et un bon coup de pied au c… à se mettre au Brésil pour décanter tout ça…. En suivant le sens des Alizés on trouvera sans doute du sens tout court…

Que de questions donc, des vertes, des pas mûres, mais soyez rassurés l'espoir de trouver le fil rouge au milieu de tout ce bleu devrait nous promettre un avenir multicolore...

En attendant, nous sommes bien ancrés dans le réel, occupés que nous sommes à faire le tour des tapissiers (pour Noël, on s’offre un nouveau carré !), des menuisiers (il faut bien les refaires, ces mains courantes. Dire que nous les avions prises en bambous pour ne pas enrichir la junte birmane et son tek sale. Là on n a pas compris le nom du bois en wolof, mais on semble un peu plus proche du commerce équitable !), et autres préparations transatlantiques… Le gros du bricolage aura lieu à Nioumoune, où l’on passera sans doute Noël… Puis carénage. Puis re Ziguinchor. Puis départ???

Le carnaval de Salvador commence le 11 février…

... Et mille excuses à ceux qui cherchaient à travers ces lignes un peu de dépaysement et d'exotisme pour palier à la dureté hivernale, et qui se retrouvent à tenter de comprendre des questions existentielles! Pffff...Si on peut même plus compter sur ceux qui, oisifs, partent se dorer la pilule au soleil...