Le temps va nous manquer pour décrire longuement ces riches dernières semaines, mais nous ne pouvons résister à l'imminent appel du large...

Des préparatifs transatlantiques à la vie niomounoise, nos journées furent denses. Quand les joies du chantiers ou le débit d'injures par minute se faisaient trop importants, la visite d' un Alfred, d'un Adrien ou d'un Lançana, l'invitation à boire du bounouk ou un petit tour au village nous permettaient de sortir la tête des indispensables bricoles du bord.

En tous cas on a bien avancé sur le bateau: nouveau carré donc, nouvelle peinture, nouvelles batteries, nouvelles mains courantes ; barre customisée pour optimiser les performances de Charly le regul et moultes details... et au top ten du chantier le plus rigolo, le plus tranquille et le plus interculturel, mention spéciale pour les deux jours de carénage: coups de mains en pagaille, bounouk et décibels, ça reposait des plans galères de jours précédents...

J 'aurais aime parlé en détail de tous ces petits moments vécus avec le village, des cours d'électricité 12V donnés par Steph, catapulté électricien local par l'arrivée progressive de panneaux solaires et batteries dans les cases... d un match de foot rigolo sur un terrain paradisiaque, praticable à marée basse seulement et cerné par les palmiers... de balades sur Libertalia, la toute nouvelle pirogue de Justin et Anouk, sous un ciel de noël étoilé ... et de son retour plutôt humide pour cause de chavirage (mais nous avons sauve un vieil homme de la noyade et cela valait tous les appareils photo, portables et autres contingences matérielles qui n'ont pas aimé ce brin de baignade en eaux salées)... de la réouverture d'Ebobaye, la buvette d'Alfred et Adrien... d'un Noël à Eringa, le bolong voisin, gastronomique (pâtés et foies gras maternels font décidément l'unanimité) et musical... d'un premier de l'an niomounois avec ambiance du tonnerre dans la case d ‘Anouk et Justin... des invitations de la famille Sembou à la salade de salicorne d'Andjou, de l'annonce de la circoncision et de l'initiation de tous les jeunes garçons du village, qui se déroulera en juin prochain et qui détermine toute la vie actuelle du village... de cette prégnance animiste constante et déroutante... et puis des coups de mains de Tonton Gégé... des longues et thérapeutiques conversations avec Soizic, des retrouvailles de Yann et Pauline, finalement de retour à l'aube de 2010 après avoir fait voir bien des pays à notre précieux sac de victuailles (ils détenaient tous nos pâtes et confitures maison!)..., des tiebioudjen de Nicole à Ziguinchor...

Mais voilà, le temps manque, consacré qu'il fut à faire de la Belle verte le bateau le plus vert, le plus beau, le plus sûr et le plus douillet qu'il soit pour s'en aller de l autre côté de L ‘Atlantique... et les quelques jours qui nous séparent du départ, nous avons envie de les passer à Nioumoune, le village ou l'on a duré comme on dit ici... Ca ne sera pas simple de dire au revoir... On est un peu dans un drôle d'état d'esprit, tout excités à l'idée de traverser, lourds de fatigues de ces jours de travail et ces soirs de fête, remués à l'idée de quitter les gens d'ici, pleins d'adrénaline des derniers préparatifs...

Mais au final, ce sont des sensations plutôt agréables, une légère ivresse, une grande curiosité quant à ces prochaines semaines...

On s'en va pour un autre hémisphère, un autre continent, poursuivre notre route...En attendant de nos prochaines nouvelles, lisez ces quelques lignes... elles m ont été soufflées par mon papa, qui a le sens de l'à-propos, et écrites par René Char, le poète préféré des beaux verts...

De moment en moment

Pourquoi ce chemin plutôt que cet autre? Où mène t il pour nous solliciter si fort? Quels arbres et quels amis sont vivants derrière l'horizon de ses pierres, dans le lointain miracle de la chaleur? Nous sommes venus ici car là où nous étions ce n'était plus possible. On nous tourmentait et on allait nous asservir. Le monde, de nos jours, est hostile aux Transparents. Une fois de plus, il a fallu partir... Et ce chemin, qui ressemblait à un long squelette, nous a conduit à un pays qui n avait que son souffle pour escalader l 'avenir? Comment montrer, sans les trahir, les choses simples dessinées entre le crépuscule et le ciel? Par la vertu de la vie obstinée, dans la boucle du Temps artiste entre la mort et le beauté.

Pour finir sur une note plus légère, grand jeu concours 2010 et sa photo mystère: devinez ce qu'on a remonté sur notre mouillage à Ziguinchor???