3 départs pour être bien sûrs…

Certains multiplient les pains, nous c est plutôt les départs… pas toujours effectifs mais leur mise en scène est chaque fois crédible ( la preuve, même nous y croyons… mais ca ne dure pas 2000 ans !)

Opus numéro un donc ; le départ de Ziguinchor après une semaine ( enfin 10 ou 12 jours au total) intense marquée par des préparatifs diurnes et des festivités nocturnes, on est enfin prêt à quitter « la capitale »… Pleins de fruits et légumes (dont 10kg de pamplemousse…le scorbut ne passera pas par nous ! ) , ultime coupe de cheveux, moults plaisirs gustatifs offerts par tante Soizic, et dernier petit café à bord avec tous les copains du mouillage, transformant le postérieur de la Belle Verte en beau parking à annexe… et on lève l’ancre, sans vélo dans la chaîne cette fois (car oui, c’en etait un !).

De retour à Nioumoune… là on sait que ca ne va pas être simple de partir, donc on fait durer un peu, discretos… bidouille, bricolage, récolte du riz avec les copines…

Jusqu à ce que déboulent par surprise les copains de Ziguinchor, à savoir Gégé, Soizic , Fred et Marie, venus nous rappeler que nous étions censés enflammer Nioumoune par une fête de départ de tous les diables… oups oui tiens ; si on la faisait demain ? ! !

N une ni deux, H2 O s’occupe d aller chercher le bounouk, Anouk et Justin fournissent le poulet, Andjou se charge de le cuisiner ; Yann et Pauline prêtent la sono (euh… comment elle va cette deuxième enceinte ? ), Alfred met à disposition le campement Ebobaye… et négocie à notre insu avec le chef du village la précieuse dérogation autorisant à passer de la musique (en période d’initiation, et jusqu à la circoncision, toutes les fêtes du samedi soir des foyers de jeunes sont supprimées, autant dire qu’on tenait une belle occasion de remplir le dance floor !).

Et alors là, nous avons encore eu droit à un sacrement beau moment : chanson spéciale composée par le groupe "Androsan " formé pour l’occasion, feu d’artifice d’Alfred, cramage de piste général et interculturel qui fera de cette nouvelle prestation de DJ BSF (Boum sans frontière…) un moment mémorable…

merci a Pauline pour les photos !

Je laisse malgré tout quelques lombaires dans une gavotte sénégalaise un peu trop sportive et on calme le jeu les deux jours suivants… Pourtant il est temps de quitter Nioumoune, j’ai toujours du mal avec les au revoir qui s’éternisent et la charge émotionnelle de ces derniers moments avec les copains d’ ici est trop lourde à porter… On décide d’aller se reposer quelques jours a Eringa, dans le bolong voisin, en face du campement d’Yves et Sosso… Adrien se joint à nous pour nous guider dans les bancs de sable, ainsi qu Anna, photographe de son état, et à qui on doit les super photos suivantes (merci à elle)

Bigre ! , qu il est dur de décoller d’ici… Bea, Hélène et Simone viennent nous dire un dernier au revoir, Adrien, Alfred et Justin confectionnent un ultime fétiche, qui nous protègera durant toute la traversée, Adrien nous offre le plumage d’une perdrix que l’on pend au Pataras et la Belle Verte se transforme en un autel animiste hautement protégé ! Et nous quittons Nioumoune, sur un air chromatique (merci Yann !), avec un ultime regard vers les copains prêts à caréner Evaloa aux abords du bois sacré …

A bientôt Nioumoune, nous reviendrons…

Et si nous étions à deux doigts de sombrer dans la sensiblerie, Adrien sauve la mise en dégommant, depuis la Belle Verte (on vous rassure, c’est la seule arme qu’on n’ai jamais eu à bord !) un Pélican avec sa vieille pétoire de 14-18… depuis le temps qu on voulait voir le goût que ca avait (Yann/Bouki on a pensé à toi ! ) ! !

C’est chose faite désormais, grâce aux talents culinaires de Sosso, qui plus est en compagnie des copains récolteurs d 'Eringa…

Nous nous reposons ici, partageant ces derniers moments avec Yves et Sosso, reportons le départ d une journée pour cause de fuite dans le réservoir repérée et réparée in extremis, dubitatifs jusqu au dernier moment quant à une météo annoncée pétolaire et l’on quitte finalement la Casamance… on laisse derrière nous la fameuse passe et ses déferlantes, tandis que le nouveau balisage du chenal rappellerait presque les champs Elysées…

Nous sommes le 22 janvier, la Belle Verte retrouve la haute mer, après presque un an passé dans les bolongs…

La Traversée

Cocotte et Plumard, ou les clés d’une navigation Peinarde !

Dans cette première nuit sans beaucoup de vent, seulement accompagné par le souffle d’invisibles dauphins et des lumières d’un filet dérivant d au moins 10 bornes, Steph, titillé par l invention du célèbre Kalanapé-lit, crée le Plumard. Soit l’élément indispensable à toute bonne transat qui se respecte, le confort absolu prodigué à l’ équipage, la glandouille élevée au rang d’Art, et à coté duquel les inventions d’Alexandre le bienheureux le feraient passer pour un Stakhanoviste convaincu. Le Plumard, c’est un lit dans la largeur du cockpit, conçu à partir du plateau de notre table extérieure, de quelques bouts de contreplaqué qui traînent, matelassé par nos nouveaux coussins de cockpit, le tout recouvert d'un moelleux duvet…On rigole, on rigole, mais le Plumard, doublé de la Cocotte (le non moins indispensable minuteur de cuisine), permettent des quarts super détendus, allongés version Pacha, avec un petit tour d’horizon toutes les 10 mn, rappelé par le susdit élément en cas d’assoupissement soudain… Fini le temps où la longueur de mes jambes ne me permettait pas de me caler dans le cockpit, où la seule solution etait de se mouler dans les hiloires avec un risque de maux fessiers certain après une heure de quart ! ! ! On prend désormais nos quarts la fleur au compas (ou presque !).

Open Cambuse

Depuis qu’ on la prépare cette transat, et qu’ on met de coté des tas de super trucs à manger, le temps est enfin venu où la Cigale prend le pas sur la Fourmi…

Stef se coltine la préparation des menus pendant trois semaines, l’intérieur me rendant toujours vasouillarde, et si ce n est quelques exceptionnelles descentes pour la confection d’une soupe ou de pan cakes, je laisse mon homme se liquéfier littéralement dans la chaleur de la cuisine. Culpabilisant dans mon rôle de princesse, je tente quand même de participer au brainstorming du rituel « qu’ est ce qu’ on mange ? »..

En tous cas les plaisirs culinaires sont nombreux : vive les conserves maison, les nougats, les pralines, les cacahuètes, les confitures et la crème de marron… ils prennent tous une saveur particulière, ces clins d’œils gustatifs, lorsqu ils sont dégustés au milieu de l’Atlantique…

Le bon revers du coté vasouillard, c’est que j’en ai profité pour arrêter de fumer, oui oui, et que je m y tiens à terre, ce qui est plus dur, mais je résiste… Stef avoue que ca ne me rend même pas désagréable !

Le Temps

Progressivement, on se rend compte que l'on perd toute notion du temps. Notre seul repère, c’est l’espace ; et nous réfléchissons en miles parcourus ou à parcourir plutôt qu’en temps proprement dit. Du coup, une petite phrase telle que " tu te souviens mardi dernier" parait une totale ineptie au regard de "tu te rappelles quand on a passé l’équateur" ou " quand on a passé la barre des 1000 miles... Par contre, s il y a bien un repère que l 'on garde, c’est celui des heures de nos quarts… Là on se fait il est vrai assez peu de cadeaux, et c’est à la minute près ou presque qu’on réveille l’autre pour prendre la suite, dans un état semi-comateux : « il est l’heure mon amour, on fait cap au 220 à 4,5 nœuds environ, pas de bateau à l’ horizon, bon qua…zzzzzzzz. »

Mais qu il est bon de l’avoir ce temps, même si on en perd la notion… le temps de penser à tout et à rien, de laisser son esprit divaguer… c’est fou le nombre de souvenirs incroyables qu’on peut redécouvrir, une fois le cerveau dépollué de toutes contingences extérieures ( bon il y a bien quelques petits réglages de voiles de temps en temps mais c’est assez dérisoire si l’on compare avec certains emplois du temps…)

Radio Bouzigues

Durant les 15 premiers jours, nous écoutons les vacations BLU entre les bateaux des copains de Pomme Liane et Let it be. Ces rendez-vous quotidiens, dit de radio Bouzigues en référence à l’accent chantant de Jimmy qui nous parvient par delà les nuages, nous permettent d’avoir des nouvelles des copains et des infos météo sur notre route. Malgré la distance, la qualité de la réception est hallucinante, voire relèverait de la sorcellerie… à moins que ce ne soit notre perdrix qui soit hyper-conductrice… En tous cas, il semble que nous soyons bien plus chanceux cote meteo...

La faune locale

Que dalle ! pas un cachalot, pas une baleine, aucun monstre marin… et surtout pas de poisson ! enfin si des exocets à gogo, des daurades coryphènes provocantes et visibles mais pas suicidaires, une visite de poissons Petzl (ce n’ est pas le nom scientifique…), ces poissons qui semblent porter des frontales en émettant de la lumière, et enfin un thon de 5kg qui a daigné mordre à la ligne la veille de notre arrivée : c’etait in extremis mais ca sauve l’honneur sur les pontons !

Le pot au noir

Mythologique mi-réel... On s’y etait psychologiquement préparé, on l’avait imaginé, fantasmé, un peu comme dans ces contes pour enfants, quand le héros arrive aux abords du royaume des Ténèbres, cerné par un ciel de plomb, des éclairs et des dragons. Brrrrr…. Certes nous croisâmes quelques vilains nuages, eûmes quelques averses mais qui durèrent à peine les temps de se la jouer Tahiti douche ou de refaire le plein d’eau comme on lit dans les livres de l’oncle Bernard (Moitessier). En tous cas, pas de quoi justifier les 120 l de gasoil qu’ on se trimballait et avec lesquels on est arrivé (enfin avec 6 de moins pour être tout à fait honnête). Pas de pétole donc, du vent plutôt tout le temps, variable, mais jamais trop violent… Et une empreinte écologique ridicule dont nous ne sommes pas peu fiers !

En fait, le seul grain vraiment violent que nous essuierons, c’est après l'équateur… et effectivement ce fut impressionnant ! Stef s'etait attelé à la cuisson du confit maternel tandis que je zyeutais attentivement la noirceur des nuages approchants… on se le prend ? On se le prend pas ? Non ca devrait pass… merde trop tard! le vent se lève soudainement, la mer semble saisie d’un grand frisson, les vagues se forment et avec elles l’ écume sur leur crête, les nuages crèvent, explosent… juste le temps d’enrouler le génois et de choquer la grand voile pour rétablir le bateau et l’on assiste à un grain aussi violent que soudain… Ca se calme progressivement mais le vent continuera de souffler fort pendant les 36 prochaines heures, atténuant considérablement le plaisir à déguster le confit !

L’équateur

Je rêvais de tester ce que devenait la force de Coriolis au passage de cette ligne mythique, finalement Epicure aura eu raison de la science et on a préféré goûter la biche séchée de Soizic, le saucisson acheté pour l’occasion et un petit Grave pas degeu… L’equat’heure de l’apéro quoi… Sinon ce n'est pas profondément différent, sauf le ciel étoilé qui n'est pas comme d’ habitude, et le GPS qui change son N pour un S… Enfin symboliquement quand même, c etait la première fois que je passais dans l’autre hémisphère, cette partie du monde où en février, c est toujours l’été (je devrais pas vous dire ca…)

Bouquins

Je dévore ! et pense aux conseils de nombre d’entre vous… Merci à Yann pour Bandini de John Fante

A Charlotte pour Le sourire étrusque

A Emilie pour la Porte et le rapport de Brodeck

A Pap et Mam pour Bahia de tous les saints de l incontournable Amado et le Cœur Cousu

A Nolwenn pour Bourlinguer de Cendrars

Steph a flashe sur Pennac puis s’est attaché à découvrir notre vidéothèque…

Les gros bateaux

Etonnamment nous en avons vu beaucoup… Enfin, tout est relatif, en tous cas plus que nous ne le pensions. Et si ce n’est aux abords de l'équateur, nous avons vu en moyenne un bon gros cargo par jour. Certes ils passaient loin, mais ca refroidit quant à abandonner toute veille… En tous cas, il y en a un qu’on ne risque pas d’oublier, c’est le pilote d'un câblier qui nous a braqué son gros projecteur sur le pont, tardant suffisamment à nous expliquer ses intentions à la VHF pour nous faire peur. Heureusement, il nous a finalement expliqué que nous faisions cap vers ce fameux câble, qu’il etait là pour nous donner la direction à suivre, et nous a ainsi guidé pendant près de deux heures avant que l’on puisse reprendre notre route… Ca réveille, je vous promets, et à trois jours de l’arrivée, alors que l’on croit que c’est fini, ca rappelle qu’on a tout intérêt à rester vigilant…

Le couple

Ca ne vous regarde pas mais on sait bien que vous mourez d’envie de savoir comment ca se passe, trois semaines en tête-à-tête sur 9 m… Et bien bien figurez vous, le taux d’engueulade est franchement moindre qu’à terre ! Et si ce n est l’épisode du câblier qui est venu nous rappeler qu’on pouvait être un peu fatigués et à cran, ce fut un bien beau moment pour nous deux… Pour le reste, c’est juste une question de tempo…

L’arrivée

C est toujours bon de voir au loin les lumières de la cote, puis le jour se lever , et enfin la cote elle-même… On m’avait prévenu, mais l’approche de Salvador et bluffante, et, pour employer un euphémisme, l’empreinte humaine sur le paysage particulièrement visible… Avant d’entrer dans la Baie de tous les Saints, on longe ainsi des kilomètres de Lego land, des buildings par dizaines, Manhattan version sud Américaine… Ca change quelque peu de la Casamance… Ca pour les yeux…

Quant aux oreilles, l’entrée dans la baie de Bahia en plein Carnaval fait l’effet d’un passage d’une bulle insonorisée à une gigantesque teuf techno ou presque… En tous cas, le passage du bruit du vent à celui des caissons de basse des Trios electricos, ces fameux camions super sonorisés sur lesquels jouent les groupes, est puissant. Et autant se mettre dans le bain tout de suite car le volume sonore de la ville ne diminuera pas pendant 4 jours…

Une fois n 'est pas coutume, on s’offre le luxe d’une marina pour atterrir, juste au pied du fameux elevador… et a cote d’Utinam, le voilier de Virginie, rencontrée en Casamance et accompagnée de son super sympathique équipier Nico ! On n en a oublie d'éteindre le moteur et tous les instruments de navigation, pour aller déguster à leur bord une bière fraîche et une caipirinha.. Avant de rejoindre le carnaval dans un état second, non pas entant à cause de l’alcool, ne vous méprenez pas, mais parce que retrouver la terre ferme et des milliers de personnes dans les rues d'un pays inconnu, ca déphase !

Le Carnaval

Car oui, pour une fois dans l'histoire de la Belle Verte, nous sommes parvenus à tenir un délai ! ! ! On voulait être là pour le carnaval, et nous fûmes là pour le Carnaval ! ! ! On n’a presque pas fait exprès…

Hommes, femmes, jeunes surtout, tout le monde danse autour des camions (et là, c’est la fin d un mythe, les brésiliens et brésiliennes sont grassouillets ! Ca ne les empêche pas de bien danser… !), des dizaines de vendeurs se baladent avec leur glacière pour vendre des milliers de bières, des brochettes, des cigarettes à l unité …. La ville ne vit plus qu au rythme du Carnaval, les magasins sont fermés, les administrations fonctionnent au ralenti… Et nous on regarde ahuris ce qui se passent autour de nous, catapultés dans cette immense fête populaire sans aucun point de comparaison, redescendant tout doucement de nos trois semaines de mer, tout en continuant de se faire porter par la vague… Ca s'appelle passer d'un univers à l’autre sans transition aucune, et c’est tellement différent que c’en est bon et drôle.

Il nous faudra quand même une bonne semaine pour que disparaisse cette sensation de décalage complet, pour que l’on reprenne un peu nos esprits, que l’on se cale sur l’horaire d’ici (nous étions restés en temps universel toute la transat, soit 3h de plus), qu’on perde notre rythme de quart… Que l’on savoure vraiment cette « paix sans victoire »…

Travail ( je sais ce terme jure dans ce récit mais …)

… Mais Stef vient à nouveau de faire resurgir en lui les restes de son BTS action commerciale pour trouver du boulot sur les pontons moins de 10 jours après notre arrivée ! Le voilà désormais occupé à ressusciter des alternateurs… On prend donc nos vacances ( ne vous étranglez pas voyons !) dimanche prochain, à l’arrivée de mes parents…

Le jus d’orange

A cette date écriture du récit ; le pluriel est désormais de rigueur. Tout vient à point à qui sait attendre… Et ca marche aussi avec le jus d’ananas , goyave, maracuja ou mangue ! !