La bonne nouvelle d’abord, et elle est de taille (10 cm environ à l’écriture de ces lignes…): de couple et d’équipage, nous tentons désormais l’aventure de parents… Depuis trois mois en effet, un petit être se fait une place au chaud en attendant de toucher terre fin août …

Pardon à ceux qui l’apprennent impersonnellement par le biais du blog, mais, si nous l’avons tenté, nous n’avons pu toujours personnaliser la nouvelle… Vous imaginez que ce cap la vaut tous les Horn du monde, et qu il nous a fallu un peu de temps pour réaliser…

Alors on s est isolé dans cette petite baie de Camamu, privilégiant les îles désertes et les mouillages tranquilles, afin de faire le point avec nous-mêmes, avec l’avenir, les vertiges et l’excitation…

Ça nous a fait un bien fou …

mouillagemarau.jpg

Régulièrement, nous nous faisions bichonnés par Jens et Bianca, dont le petit paradis terrestre offre fruits exotiques, baignades à la source et balade dans la jungle, quand ce n’etait pas par Rolland et Maria, qui nous faisaient nos lessives, nous gavaient de jus de fruit frais et géraient nos rendez-vous médicaux... Si l’isolement nous pesait, pas de souci, les fêtes de Sao Sebastao à Marau nous promettaient, même mouillés à 1km, la messe retransmise sur tous les haut-parleurs de la ville et des concerts dont le système son valait celui des Vieilles charrues…

jungle.jpg

fleurs.jpg

regate.jpg

romaria.jpg

Et puis il fallut mettre un terme à cette retraite « scrabble courgette balades et longues discussions » , redescendre de notre nuage rose (enfin vert), et laisser place à l’action, se comporter en adultes responsables au vu des fonctions que nous nous apprêtons à assumer…hum !

scrabblekingsize.jpg

Quid de l’avenir proche d’abord ? (car nous ne sommes toujours pas très forts pour le long terme) … Accouchement en France ou au Brésil ? En ces temps troublés, multiplier passeports et nationalités pour cet enfant serait sans doute judicieux, mais partager cette aventure avec famille et amis de France, c’est tout à fait tentant aussi. . . Et comme dirait René (Char , toujours), « il n’est de pays que l’enfance »…

D’autant qu’il va falloir penser à retravailler un peu… Mais sans perdre de vue que cette vie, au moins semestrielle, en bateau, nous convient tout à fait, et qu’imaginer des premiers pas sur une plage de sable blanc constitue un projet agréable…

Tout en sachant bien qu’au début du moins, nous ne ferons pas vraiment de grande navigation…ah bon ! Pourquoi ? Changer une couche à la gîte avec une bonne nausée, c’est pourtant une aventure exaltante…

Bref, les questions se multipliaient, la balance oscillait, un tendre facteur supplémentaire venait d’intégrer nos équations saugrenues…

Alors progressivement s’est forgée l’idée d’un joli compromis. Nous descendons le bateau dans la baie d’Ilha Grande, Angra do reis et Cie ! C’est paraît-il un endroit magnifique, avec des centaines d’îles, de quoi s’amuser pendant pas mal de temps sans avoir à naviguer durant des jours et des jours... On laisse le bateau là-bas le temps de rentrer en France et on revient à trois l’année suivante pour découvrir l’endroit . . . trop facile !

Pas mal... On pourrait même pimenter ce retour en s’installant du coté de Toulouse . . . nous y avons quelques (très) bons amis. C’est un peu plus central et ensoleillé que Brest, c’est nouveau. . . ca ne simplifiera absolument rien, avec un suivi de grossesse brésilien, un domicile administratif à Brest et une volonté d’accoucher dans le sud, sans logement ni (pour l instant) travail, mais on y croit, on va trouver des solutions. . .

Je ne sais si sur ce coup la, nous avons réellement gagné en sérieux, maturité et réalisme, mais on devrait y arriver… on en a envie…

Donc, une fois prise cette très sage décision, il fallait préparer cette descente. . Remonter vers le Nord, d’abord et en toute logique, pour regagner Salvador en bus. Traverser un Brésil ocre et vert, de terre rouge et de végétation luxuriante, sous un ciel chargé de nuances grises, une route bordée de caféiers et palmiers à dendê, lors d’un trajet rythmé par les arrêts dans les Rodoviaria (les gares routières) et leurs incontournables lanchonete (sorte de snack ambiance cantine)… Puis annoncer la nouvelle aux copains de la Colo d’Itaparica par une fiesta mémorable sur banc de sable, trouver une nouvelle ancre (cf. article précédent)…, recharger nos bouteilles de gaz transportées totalement illégalement dans le bus, et faire quelques analyses médicales (J’attends de creuser encore un peu, mais il y semble qu il y ait moultes choses à dire sur le système de santé brésilien. De qualité s il est privé, mais à quel prix…. et je ne me suis pas remise de voir des gens tracter à l’entrée des cliniques pour vanter des prix moins chers sur les bilans sanguins et presque « la grande promo sur les échographies » ou « la semaine de la coloscopie »… Je m apprête à tester le système public bientôt pour parfaire l’étude… En tous cas, préservons au moins ce qu il reste du système français, sans cocorico aucun) Puis retour à Marau, pour un départ accéléré par une éventuelle venue de Lalla, Eve et Marco du coté de Rio… finalement annulée, 3 fois hélas, quoique la suite des aventures montre que nous n’aurions pu y arriver...

route.jpg

Car si ce premier chapitre vous a laissé dans l’émoi de cette nouvelle fraîche d’amour, de bonheur et de nouvel élan, nous vous promettons une suite beaucoup moins glamour, un épisode 100 pour 100 Belle Verte, où aux emmerdes s’enchaînent les complications, aux imprévus les retournements de situations. .. Ca nous est assez familier me direz vous ; mais la une telle série, nous n’avions pas connu ca depuis le départ de France (ou des Canaries peut être…)

Problèmes de santé (pas grand chose) ; problèmes météo ; problèmes techniques, et puis des caps, des vrais, des géographiques, des terrestres, des biens concrets, difficiles à franchir... un coup à devenir superstitieux ou croire en une malédiction…

Donc le programme : accueillir Marie à Rio, a environ 700 miles de là, avec un mois devant nous…

Ahah facile ! On a traversé l’Atlantique, nous, monsieur ! Les longues distances ca nous connaît, ca ne nous fait plus peur, du gâteau ca va être, de la pure croisière… Une petite halte aux Abrolhos, cet archipel préservé, pour couper la route et admirer les fonds marins ; et c est reparti !

Sauf que non… La première nuit en mer me donne des nausées carabinées, et mes offrandes prémachées à Neptune deviennent trop systématiques et régulières pour ne pas nous inquiéter … on se déroute donc sur Ilhéus, pour se reposer 36h.

La volonté de faire le trajet en deux étapes est revue à la hausse…

Des navigations de 48h max. devraient être plus supportables …

Cap vers st André donc, dont les caractéristiques géographiques en font un lieu étonnant, puisque protégé par une double barrière de corail Etonnant mais difficile d accès car l’entrée du mouillage s’effectue par une étroite passe entre banc de sable et récifs… Et nous ne voyons pas les gars qui s’agitent sur la plage en nous faisant des grands signes lorsque paf, trop tard, nous touchons… le sable, heureusement.

Paulo, Bamboo et Marcello, puisque c ‘etait eux, parviennent alors à la nage, enfin quasiment à pied, jusqu a la Belle verte, la soulevant à chaque vague et parvenant ainsi à nous faire gagner des eaux plus profondes . . . il fallait en fait raser les récifs, ce que le flair marin ne recommande pas au premier abord . . .

En même temps, une bonne plantade à l’entrée d’un village, c est le truc idéal pour rencontrer des gens et se faire des copains… et dans ce domaine st André et plus qu accueillant… on invite et on ne cesse de se faire inviter, churrasque, jus de fruit, pain maison… on traîne, on traîne … quelques jours, une semaine, une heure de trop ! Puisque c est réellement une heure avant de lever l’ancre que la Marinha do Brasil vient très poliment, mais fermement, nous rappeler qu il faudrait que nous régularisions nos papiers… oups pardon c est vrai, où avions-nous la tête ? ? Sauf que nous sommes samedi, que ca ne sera possible que lundi, et on est en en train de prendre encore trois jours dans la vue…

passestandre.jpg

Bon on l’ a un peu cherché et on ne s’en sort pas si mal… il ne fut pas nécessaire de contacter RESF…

Tant pis pour les Abrolhos ; nous partons vers Caravelhas ; reprendre une météo et ressouder une pièce du régulateur … puis vers Guarapari... en fait ce sera plutôt Barra do Riacho , car la pompe de refroidissement moteur a une méchante fuite. On se retrouve donc dans un port de commerce dénué de toute beauté, cerné par les cargos chargés de bois destiné à l’énorme usine de fibres de cellulose qui dégage ses fumées non loin de là...

La réparation se complique voire empire, une pièce casse …c’est évidemment dimanche... Si ce n’est Carlos, le pilote du port, qui vient l ‘égayer par une livraison inopinée de bières glacées et de poisson frais, la journée est plutôt morose, d’autant que le vent monte, que l’on dérape, tout près d’une barge d‘où dépasse une grue conséquente… Le lundi, après moultes démarches pour sortir du Port, on doit rejoindre en taxi la ville la plus proche trouver la pièce, remonter, repartir.. .

Ca nous coûte encore du temps, de l argent et beaucoup d’ingéniosité de la part de Steph, mais nous repartons pour l ‘ultime escale avant Rio, avant le passage des fameux cap Sao Tome et Cabo Frio, à Guarapari donc…

La côte change ici, les reliefs apparaissent ; et même de sacrées belles montagnes qui offrent depuis la mer leur dégradé bleuté …Non pas que nous nous lassions de la mangrove, mais nous n avions pas vu une telle topographie depuis le Cap Vert … C’était il y a longtemps et ca fait du bien… On achète les dernières douceurs exotiques pour Marie, on brique un peu le bateau, la météo annonce pétole et on se prépare éventuellement à plusieurs heures de moteur, mais au moins, on sera à Rio à temps. . .

guarapari.jpg

Sauf que. . .

Un vent du sud ouest se met à souffler … et sur cette route semée d’embûches, bordée d’un coté par les plates formes pétrolières (c’est impressionnant d’ailleurs ; ces brasiers maritimes la nuit), de l’autre par des bancs de sable, et un incessant trafic de pécheurs et cargos, ce n’est absolument pas ce qu il nous faut …Le vent ne cesse de monter : force 4, puis 5 en plein dans le pif … tu parles d’une pétole ! L’expérience de Rico dans cette même zone, la météo reçue par VHF de la part d’un cargo alentour et les conseils de celui qui nous la donne confirment l’idée de Steph : faire demi-tour... Et patatras ! A trente miles de Sao Tome, après 20h de navigation déjà pas marrante, nous rebroussons chemin vers Guarapari . . . Nous ne serons pas à l’aéroport de Rio pour accueillir Marie…

Et nous venions de lui dire d annuler sa piaule réservée au cas où, en plein carnaval … l’ambiance du retour est marquée par des baisses de moral respectives, heureusement non coordonnées, ce qui permet toujours que l'un remonte le moral à l autre . . . Allez on y croit, la météo va s améliorer et on pourra repartir vite…

Sauf que …

Alors que nous approchons de Guarapari, dont l’entrée n'est pas très large non plus, tandis que la nuit s’installe et que tombe la pluie, tant qu’à faire… le démarreur rend son dernier soupir, en d’autres termes, nous ne pouvons plus compter sur le moteur…

Vaille que vaille, on a des voiles et Steph gonfle l’annexe, afin de la mettre à couple et de tenter l’entrée grâce à notre petit hors bord… on l’a déjà fait mais pas dans de telles conditions… Lorsque, enfin une bonne nouvelle dans ce flot de galères, un bateau de pêche arrive derrière, nous remorque, et nous fait arriver sans encombre a couple de l’escuna quittée 36 h plus tôt…

Nous voilà à l’abri et à nouveau bien entourés par son équipage qui n’a de cesse de vouloir nous aider . . .

Mais cette fois c’est plus grave : ce n est pas les charbons, mais l’induit, et sans entrer dans les détails techniques, ca signifie une panne bien plus longue à réparer, d’autant que, ironie supplémentaire du calendrier, le carnaval a commencé et signifie le ralentissement sérieux des activités locales…

En gros, on est bloqué là un moment.

repdeamarreur.jpg

bv.JPG

Nous allons essayer de faire au mieux, mais nous ne pourrons sans doute pas proposer à Marie le numéro de la croisière privée entre les îles paradisiaques de la baie de Paraty… qu’on espère quand même atteindre un jour, et le plus tôt serait le mieux… Nous avons quand même un hivernage à préparer, un retour en France à organiser sérieusement, tout cela avant que je ne sois transformée en baleine…

Le point positif de ces septentrionales aventures, c est que nous sommes désormais des experts des abris peu habituels et des chemins maritimes de traverse, du coup on a fait plein de belles rencontres brésiliennes, on a progressé en portugais, on a gratté un peu plus sous la croûte de l’exotisme pour appréhender un peu plus justement ce pays… mais j’en connais un ou une qui fera sans doute plutôt du vélo ou de la montagne… car je doute qu il/elle ait ressenti ces derniers temps les vertus apaisantes de la voile et du large !

Petites précisions cependant depuis l’écriture des lignes précédentes : le moteur a finalement redémarré après un miracle encore inexpliqué, après l’intervention de moults voisins, amis de voisins qui connaissent un copain qui… Franchement, on ne sait toujours pas pourquoi au bout du énième test, il a accepte de refonctionner , mais ça marche … la météo, elle, reste pourrie… Marie nous rejoint du coup à Guarapari, pour une visite loin des conseils des guides touristiques, pour sûr ! Mon dernier examen en hôpital public s’est conclu par une consultation plus chère et moins efficace auprès d‘un médecin de garde en fait chirurgien plastique, …je ne sais comment je dois le prendre ! Je n'ai pas tout compris au système, mais le bébé va bien !…

Et nous aussi , rassurez vous !