Ainsi donc nous repartons, et pour être tout à fait précis, Steph avait déjà pris un peu d’avance. Au Brésil depuis mi-novembre, il a affronté le gigantesque chantier de remise en route du bateau. Nettoyer, ranger, réparer, repeindre, adapter, prioriser, ne pas se laisser abattre, renettoyer, repeindre, réadapter, et ainsi de la litanie à laquelle ces nombreuses pages vous ont déjà précédemment habitué… Les fameux coups de main de Laurent, puis d'Antoine, premier woofer du bord, l'auront heureusement sauvé du découragement, et des déconvenues inhérentes à ce type de tâches...

Awa et moi, à contre courant, tentions de trouver des brassards et des maillots de bain dans des rayonnages désormais consacrés aux équipements de ski, d’optimiser le rapport entre taille, poids, résistance à l’eau, affect et éveil des différents jouets, doudous et livres à emmener à bord… Sachant que le volume imparti était à partager avec une voile, une pompe, des pièces pour le moteur, une lunette de toilettes...

Depuis nous sommes réunis... Awa a fait face aux 14h30 de vol, arpenté 1000 et une fois les 2 allées de l'avion, vécu l'inoubliable expérience du changement de couche à 10000 m d'altitude, et retrouvé les câlins de son Papa. Steph et Laurent ont bravé les dangers de la route brésilienne pour nous attendre à Rio, et nous avons rejoint Paraty en nocturne sur une route farcie de dos d'âne et nids de poule, bref un bestiaire entier de dangers vicieux et anxiogènes qui vous font préférer la houle et la mer. Dans un état confus et vaporeux, je retrouve le Brésil... je regarde défiler les panneaux de signalisation aux destinations qui me paraissent encore lointaines, la nuit tomber sur les zones périphériques, j'écoute la musique de la langue lorsque on s'arrete aux stations service demander notre route, la musique tout court, je sens à nouveau cette odeur végétale, caractéristique, dont je ne parviens toujours pas à déterminer l'origine, et je m'endors...

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Engourdies par la chaleur moite, le décalage horaire, le changement d'hémisphère, on émerge, doucement, de cette étrange torpeur. Car nos modernes envols, sans pallier ni escales, qui ont tant raccourci les routes acclimatantes, ont tôt fait de transformer les hirondelles en poulet qui aurait subi une décongélation express au micro-ondes...Nos pauvres organismes, encore emprunts des premières gelées des lattitudes boréales, violentés par le choc thermique, s'en trouvent tout autant vidés de leurs substances. Dévitaminisés. Et il faudra compter une bonne dizaine de jours avant de parvenir à s'habituer à la sudation perpétuelle, recouvrer malgré tout un aspect solide. Devenir chercheurs d'ombre et d'air frais, adorateurs de brise et de ciel couvert, vénérant les glaçons et tous les frigidaires. S'accommoder de cet état poisseux, conjurer la torpeur, l'insidieuse léthargie et inventer à notre poulette, (qui, si ce n'est une belle irritation de l'épiderme, ne semble pas outre mesure subir d'altération énergétique) de saines et novatrices activités, tandis que Steph achevait de remettre en route notre fameux moteur, sésame indispensable pour aller découvrir d'autres horizons (conjuguer voile pure et navigation avec enfant à bas âge ne nous tentant guère pour notre baptême de marins-parents ...)

Awa apprécie donc les bains de mer dans le cockpit (et le goût de l'eau salée...), découvre son nouveau cadre de vie et son potentiel ludique ( banquettes toboggan, multiples boutons tentateurs, déménagement méthodique de la bibliothèque...), se déhanche sur la musique des différentes pompes (des toilettes, de l'annexe, ce qui donne lieu à d'amusants détournements de comptine du type "il était une annexe, et ron et ron petit papa pompe..."). Chaque sortie constitue un petit parcours gastronomique: eau de coco et jus de fruits divers, of couse, pour la partie saine; dégustation des offrandes locales à fort taux de sucre (oui, mais elle tellement lindaaaaaaaaaaaaaaa) qui ferait pâlir n'importe quel nutritionniste et pédiatre, et foutent copieusement en l'air 15 mois de relativement draconienne diversification alimentaire pour le reste... Elle parvient aussi à s'endormir en annexe, salue tous les bateaux qui passent, aime retrouver la terre ferme pour étancher sa soif de randonnée, accepte de prêter sa pelle et son seau, et se plait à minauder devant les brésiliens. En bref, elle est bien loin de l'apathie, et son incontestable sociabilité permet de développer la notre... Je découvre Paraty sous un autre angle...

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Le plus dur est de parvenir à combiner judicieusement les différents et nouveaux facteurs de déplacements:

a) la chaleur et le niveau d'ombre (sous ses latitude, choisir le trottoir d'en face, ca ne marche pas non plus),

b) la nature du terrain (dans une ville pavée à 70 %, il est des zones impraticables en poussette, 10kg sur le dos par 35degrés, c'est pas simple -et va t'en guetter dans cette position, si la sortie n'implique qu'un seul adulte, la chute de tong, de bob, de sucette...),

c) l'horaire et le temps de la sieste,

d) le temps nécessaire à Steph pour finir de remonter le moteur avant notre retour de balade

e) les horaires de fréquentation de l'aire de jeux pour qu'elle se fasse des potes...

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Inventer de nouveaux repères donc. Et retrouver ses anciennes marques, avec une facilité déconcertante, le corps et l’esprit à jamais marqués par ces années à bords. Les mouvements, les habitudes, les souvenirs, les recettes, le vent, les bouquins, notre univers quoi, avec son lot de contraintes, et d’avantages, à peine changés par ces mois de confort terrien… Awa, pourtant vierge de ce passé (quoi que...), semble s’adapter tout autant…

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                                                                                                                                            Enfin,  nos corps se sont habitués, et surtout, le moteur a redémarré. Il était temps d'en prendre, du temps, pour aller fêter Noël sur une plage et s'empiffrer de viande grillée , de s'en aller un peu plus profondément dans les méandres de la baie de Paraty...

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D'abord, bien sûr, nous eûmes des orages... Si, avant, le bel azur nous mit en nage, le beau temps nous fit suinter des dents, la plus belle frayeur qui nous fut donner en mer, elle nous tomba d'un ciel d'oraaage (à lire avec l'accent sétois et la pipe au bec, pour accentuer la référence...). En milieu de nuit (la première au mouillage), nous nous sommes trouvés tous les 2 dans le carré, à écouter rugir les bourrasques, hurler le tonnerre, zébrer les éclairs, à se dire que finalement, la fin du monde avait bien lieu, à implorer Neptune que notre ancre tienne, que Jupiter se taise, qu'Awa ne se réveille pas. La rassurante présence parentale aurait fait quelque peu défaut... Awa ne s'est pas réveillée, prouvant une nouvelle fois une grande capacité d'adaptation (ou une surdité non encore diagnostiquée!), les éléments se sont tus, notre ancre a tenu et on a pu poursuivre notre route le lendemain sous un ciel limpide et une mer apaisée. Plein de surprises, décidément, le climat du coin... Et je vous passe les pluies diluviennes sinon ce blog va se transformer en bulletin météo, mais il ne faut pas oublier que le Brésil est un pays chaud ET humide...

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En terme de bruits et de déchainement, ce sont ceux d'une toute autre nature qu'il allait ensuite nous être donnés à voir et entendre... Car en ces périodes de fêtes, d’été, de vacances scolaires dans ce lieu de villégiature de la richissime classe brésilienne, le ronflement des vedettes, jet skis, hélicoptères, hors bords surmotorisés constitue le fond sonore de n'importe quel idyllique mouillage... On se sent un peu décalé, au milieu de tous ses corps bronzés (voire refaits…)jouant à faire mugir leur couteux appareils, déguster dans l'eau et grâce à leur bar flottant (si ,si) des bières glacées alors que n'avons même pas de quoi conserver une tranche de jambon plus de 12 minutes sans risquer l'attaque bactériologique,... mais Awa et ses sourires nous permettent d'approcher certains des membres de la dite classe qui se déplacent en famille, et nous faisons ainsi la rencontre d’Arturo et de ses parents, visitons leur superbe vedette contenant machine à glaçons et écran géant, et passons à leur bord une soirée très sympa, détendue et sans chichis (en regardant notamment Intouchables en portugais !!!). L’abolition des classes sociales et des a priori passera par les enfants (si on s’y prend assez tôt, avant qu’une bourdieusienne reproduction ne reprenne le dessus…).

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Nous ne cessons pour autant de chercher un mouillage dans lequel le chant des oiseaux et des cigales ne soit pas pollué par celui d’un moteur (sauf le notre, celui là on l’a suffisamment attendu pour l’apprécier !). Nous le trouvons finalement dans le Saco de Mamanga, fréquenté seulement par les pêcheurs et des touristes « verts » (randonneurs, kayakistes, bref non motorisés). C’est magnifique. Avec un pic somptueux qui domine la foret, des plages ombragées pour faire des pâtés, du poisson frais , un petit bar accueillant, une source d’eau douce et une bande de copains de Sao Paulo avec qui nous sympathisons. 2013 commencera ici. Et bien.

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La suite du mois de janvier s’effectue dans un cadre un peu moins paradisiaque mais néanmoins confort. La condition parentale impose de ménager les conditions de chantier, et nous finalisons celui du bateau au ponton d’une petite marina plutôt sympa en comparaison des autres. Ici les voiliers sont plus nombreux que les embarcations à moteurs, appartiennent à des gens qui s’en occupent en propre, ne sont pas toujours reluisant ni mega luxueux, bref, ça bricole en tous sens, ça tchatche, ça échange...On fait de belles rencontres. On se sent un peu moins pouilleux. Et puisque on s’accorde le luxe d’un ponton, on ne se refuse pas celui de barboter dans la piscine avoisinante qui fait notre joie et celle d’Awa ! Finalement, je ne sais si les enfants mettront fin aux classes sociales, mais ils peuvent permettre de passer, au moins provisoirement, dans celle du dessus…. Awa étant déjà surnommée la "princezinha do cais", on frôle l'aristocratie...

Toujours est il que la Belle Verte ne devrait plus tarder à ressembler au bateau qu’on a toujours rêvé d’avoir, avec un super portique qui supporte des panneaux solaires qui chargent eux mêmes d’efficaces batteries, un moteur qui ronronne, une peinture de pont qui ne dérape plus, un taud de soleil, une solide plate-forme, et j’en passe… Et il en est toujours ainsi dans ces cas là, c’est le moment qu’on choisit pour le vendre….

Saisissez l’occasion ou faites passer l’info donc… En 2013, offrez vous la Belle Verte ! Réalisez votre rêve, permettez nous de poursuivre les nôtres, continuez l’aventure de ce bateau de légende entièrement équipé pour le voyage et la navigation hauturière ! On se tient à votre disposition pour toutes les infos et photos dont vous auriez besoin (stephane@labelleverte.net) … vous ne le regretterez pas (nous, sans doute un peu, mais on a d’autres projets…) ! Et puis il nous reste encore jusqu’au printemps, enfin l’automne vu d’ici, pour en profiter, découvrir les iles de la baie, vous parler du Brésil… et surtout surtout, vous souhaiter une bien belle année à venir…

PS:Vous avez pu constater à la lecture de ce billet une certaine anarchie iconographique... Mais voilà près de 15 jours que nous subissons les aléas d'une connexion instable, d'un wifi pas free, d'une interface de blog capricieuse... Je me suis donc décidée à mettre en ligne tel quel, avec des photos qui n'illustrent pas le propos, ou pas au bon endroit, ou absentes... Tant pis... Comme dans tout chantier, le mieux, c'est l'ennemi du bien...

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((/carnetdebord/images/2013/janvier /.Bresildec2012_049_m.jpg|Bresildec2012_049.jpg|C|Bresildec2012_049.jpg, janv. 2013))

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